Au XIVe siècle, le Moyen Age va vers son déclin. La bataille desEperons d’or, le 11 juillet 1302, fait date dans l’ histoire de la Belgique. La guerre dite de cent ans qui dura 116 ans, ainsi que 1’épidémie de peste déciment la population.
Dans notre Ardenne, les petits villages dépendant de la Terre de Durbuy, repliés sur eux-même et relevant d’autorités différentes, forment une unité profonde sous la protection du Seigneur de Durbuy, auquel ils doivent divers services. En échange, ils peuvent, dans le bois du Pays, se procurer les moyens de subsistance : la faîne fournit l’huile ménagère ; la glandée permet 1’élevage des porcs ; le ramassage du bois pour différents usages ; le gibier, légalement propriété du seigneur et occasionnellement celle du braconnier, complète les frugaux repas.
Le soir venu, dans les chaumières, fatigués après une une pénible journée, la famille s’endort de bonne heure, pour économiser tant la chandelle que le combustible. Au château de Durbuy, on veille. Les nobles visiteurs tirent la conclusion tragique des deux dernières croisades.
Bien sûr, il est question des flots d’or et de sang perdus tant dans les batailles entre Croisés que dans celles contre les Sarrasins, mais aussi bien sûr du mode de vie de ces fils de Mahomet.
Ici, il est intéressant de signaler que la légende a peuplé nos régions de trous, de tours, de bois, de collines portant le nom de Sarrasin. Dès le XIIE siècle, ce terme de Sarrasin va désigner le musulman, 1’oriental mais aussi tout ce qui est païen ou infidèle aux yeux des occidentaux chrétiens.
Les chevaliers francs apprirent des Sarrasins, d’Orient ceux-là, le luxe, les sciences, 1’usage de maintes choses utiles ainsi que les les techniques du dressage des oiseaux de haut vol : la fauconnerie ou l’art compliqué et raffiné de capturer une proie sauvage à l’aide d’un rapace dressé. Bien que déjà introduit en France sou les premiers rois mérovingiens, c’est à l’époque des croisades que ce mode de chasse prit un grand essor en Europe jusqu’au XVIIIe sicle.
On distingue deux types d’oiseaux de fauconnerie : les oiseaux de bas vol, ou oiseaux de poing, tels l’autour ou l’épervier, et les oiseaux de haut vol ou de leurre, tel entre autres, le faucon qui poursuit sa proie en plein ciel, à travers d’immenses espaces. On chuchotait aussi que cette nouvelle technique de chasse régnait sur toutes les cours d’Europe. Le seigneur de Durbuy, dont le domaine était vaste et giboyeux, n’échappa pas à cet engouement. Il nomma un fauconnier qui fut obligé, comme il se doit, de vivre en permanence avec ses oiseaux sur un large plateau duquel il pouvait suivre les montées en chandelle et les piqués à plus de 200 km à l’heure de ce favori des rois, cet oiseau nicheur ardennais , le plus, le plus spectaculaire chasseur : le faucon, appelé OYSEL dans le langage populaire.
.
Cet endroit fut ainsi dénommé au XIVE siècle 1’AYRE DEL OYSEL, le nid du faucon, ou peut-être la maison du fauconnier. Il y a environ six cents ans, quelques feux étaient ainsi réunis sur ce plateau isolé et sauvage.
Plus tard, ce site est appelé L’AI DLOUHE, le nid de l’oiseau, transformé ensuite en LAID OUHAI, pour enfin devenir en 1791 LAIDE L’OISEAU, puis LAID L’OISEAU ou LAIDLOISEAU.
Au XVIE siècle, sur la terre de Durbuy, la forêt est toujours plantureuse et le minerai très abondant ; la métallurgie du fer y est très florissante, c’est en 1537 que la production y atteint sa cote la plus élevée.
Trente-cinq usines, dont près de trente dans la vallée de 1’Aisne, y manifestent leur activité. Brusquement, tout s’arrête, puis reprend. Finalement en 1630 une seule usine était encore en activité.
Au XVIIIE siècle, le fourneau, la forge et la platinerie de l’usine de “La Roche à Fresne”, à Heyd, fonctionne toujours . La conséquence de la disparition de ces outils est évidemment la perte de 1’emploi et d’une certaine aisance. Alors, est-ce la pauvreté, ou 1’oisiveté, ou simplement quelques esprits malfaisants, qui vont engendrer, sur la rive droite de l’ Aisne (et plus exactement à Hoursinne, village joignant Laidloiseau), les “égorgeurs ardennais”, qualificatif attribué à la famille Lamarmíte?


