L’incarcération
Libération
Où se trouve le poste émetteur ?
L’interrogatoire violent, acharné, se passe ensuite dans la prison Saint-Léonard à Liège. Toujours mené par un officier et ces “gros bras” francophones.
Où se trouve le poste émetteur ?
Il a disparu. Peut-être se trouve-t-il dans une sapinière au-dessus du village. Je peux vous y conduire.
Jacques pense à une éventuelle fuite et un assaut par des partisans embusqués en ce lieu.
L’officier refuse d’abord devinant le piège.
On se rend quand même sur place. Jacques veut “foutre le camp”. Impossible
Effectivement c’était dans une sapinière de la famille où on le conduit finalement. Des sapins de 5 ou 6 ans. Une cache idéale.
On ne trouve rien.
Au village Jacques est enfermé dans un petit cabanon au bout du village. De l’intérieur il entend des voix, des conversations en wallon.
C’est le retour à Liège.
Se passent encore d’autres interrogatoires de ce genre sans respect des droits de l’homme et des principes humanitaires. Cela toujours en français correct. Puis arrive le jugement, un simulacre. Un avocat assiste le condamné d’avance. Le juge préside, un officier allemand, et toujours deux hommes cagoulés, francophones !
On répète la même question inlassablement : où est le pote ? Au dernier interrogatoire le juge se fait conciliant, propose une cigarette, un café. On lui propose aussi de prendre le train Liège-Bomal. On lui donne l’horaire, l’heure du départ pour Bomal : 18 h 30. Jacques devine le piège. Il sait que la ligne de l’Ourthe a été détruite et plusieurs ponts dynamités.
Il est condamné à être fusillé et sera conduit au quartier des condamnés à mort à la Citadelle sur les hauteurs de Liège.
Jacques se sent alors soulagé. Les jours précédents ont été d’une souffrance inhumaine. La maltraitance, l’attente atroce, la fatigue extrême ont eu raison de la résistance physique et morale : c’est l’épuisement total. Peut-on se rendre compte de l’angoisse lourde dans les cellules, du trouble et de la solitude totale dans les esprits. Les prisonniers se méfient les uns des autres, on sait qu’il y a des mouchards mêlés aux prisonniers.
Saint-léonard est appelé “les 100 000 briques” ! Les gardiens belges, collaborateurs volontaires, ignobles ou désignés de force sont implacables, violents. Une cellule “prévue” pour 4 personnes en contient le double. On dort à tour de rôle. Les plus hardis tâchent de communiquer avec les autres cellules en tapant en morse sur les tuyaux. Les gardiens entrent, exigent la traduction avec acharnement. Sans discernement il frappent. “On ramasse des volées”, se souvenait Jacques,
Jacques était à quelques jours de son exécution lorsque l’armée américaine entre dans la ville de Liège. C’étaient les 7 et 8 septembre 44. Les Allemands résistent deux jours. Il faut attendre pour faire la fête. Enfin les derniers tirs se font entendre dans des quartiers, sur la rive droite et en Outremeus
Les gardiens se sont évanouis, les portes de la prison aux 100 000 briques sont ouvertes.
Jacques est libre. Il erre à Liège en liesse. Il ne connaît qu’une seule personne en ville, Monsieur Brunini qui habitait rue de Campine. Il était directeur du charbonnage de Wéristère à Beyne et louait depuis 1936 une maison à Hoursinne, la dernière maison du village, à Petite Hoursinne. Jacques loge quelques jours rue de Campine et puis revient à Hoursinne lorsque le village est libéré de la troupe allemande.
Entre temps la région était sous l’emprise d’une importante troupe allemande avant leur retraite. On était au courant qu’une quinzaine de résistants armés se trouvaient dans les bois environnants. Jules Noirhomme, le vétérinaire connaissaient ces hommes et leurs refuges. Les Allemands recherchaient activement ces nids de résistance. Il y a eu le 26 février 44 l’épisode sanglant de “La mohone è bwè” près de Fays, à quelques km de Hoursinne. Laidloiseau a été pris d’assaut, les maison brûlées, les villageois et les résistants ayant le temps de s’enfuir. C’était le 9 septembre alors que Liège venait d’être libérée.
À Hoursinne le villageois vivent dans la tourmente et la peur.
Une chance, un véhicule allemand remontant la route vers Petite Hoursinne s’est arrêté à hauteur de la chapelle actuelle. Quelqu’un du village a assuré aux soldats égarés que la village se terminait à cet endroit. Plus haut cependant, à 200 mètre environ, deux chapelets de mines avaient été placés de chaque côté de la route reliés par une corde. Cela aurait été fatal et aurait provoqué les terribles représailles et la destruction des maisons comme à Laidloiseau.
Quelques années après la guerre les habitants ont voulu exprimer leur gratitude et perpétuer ce souvenir et on commencé les démarches et les travaux pour la construction de la chapelle, qui est maintenant le siège d’une ASBL, La chapelle aux bois.
Il y eu aussi cette erreur fatale de parachutage qui a provoqué les incendies de 3 maisons à Mormont et à Grande Hoursinne.
Après l’arrivée de l’armée de libération ce fut l’offensive des Ardennes. Les combats acharnés avec les centaines de morts militaires et civils se prolongent jusque Champ de Harre, Grand-Menil. À Hoursinne la maison de Jacques est occupées par les militaires. Devant, près du noyer une cuisine roulante. Les derniers canons tirent sur Manhay et Grand-Menil.
L’incarcération de Jacques a duré 28 jours. Un jour trop peu pour avoir droit aux indemnités accordées aux résistants ! Il n’eut aucune rancune, homme de bravoure, d’honneur et de sagesse. Il pardonna à la personne qui l’avait dénoncé : il savait qu’elle-même avait été torturée à mort et avait fini par avouer sous les coups et les menaces.


